« Il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va »
Sénèque.
« Arrête de crier. » « Ne cours pas. » « Ne tombe pas. »
Ces phrases vous semblent familières ?
Nous les avons entendus de la bouche de nos parents et reformulés à nos propres enfants.
Avec les meilleures intentions du monde, les adultes indiquent souvent ce qu’il ne faut pas faire, où il ne faut pas aller, ce qu’il faut éviter.
À force de les entendre, nous intégrons progressivement cette manière de penser et de nous exprimer. Nous apprenons à repérer les erreurs, les risques, les comportements à éviter. Nous savons souvent très bien ce que nous ne voulons pas et l’exprimons aisément.
Quand il s’agit de formuler là où nous voulons aller… c’est une autre histoire.
Faites le test une journée et constatez combien de fois vous vous faites des demandes « négatives ».
« Je ne veux plus être stressé. » « Je ne veux plus être débordé. » « Je ne veux pas me tromper. »
Or notre cerveau ne traite pas toujours ces formulations comme nous l’imaginons. Cet article présente l’intérêt de formuler vos objectifs ou demande de manière positive.
Le cerveau se représente d’abord ce que l’on évoque :
Si vous dites à quelqu’un : « Ne pense pas à un éléphant rose », quelle est la première image qui lui vient à l’esprit ?
L’éléphant rose.
Le psychologue américain Daniel Wegner a montré que les tentatives de suppression d’une pensée conduisent souvent à l’effet inverse : pour vérifier que l’on ne pense pas à quelque chose, le cerveau doit continuer à surveiller cette pensée. C’est ce qu’il a appelé le phénomène du « processus ironique ».
Autrement dit, avant de traiter la négation, notre cerveau doit d’abord construire une représentation mentale de ce qui est évoqué.
Notre cerveau est plus efficace lorsqu’il sait vers quoi aller :
Le cerveau ne se dirige pas naturellement vers une absence de problème. Il se dirige plus facilement vers une image, un objectif, une solution ou une direction.
Par exemple :
Remplacer : « Je ne veux plus être stressé en réunion. » par « Je veux animer mes réunions avec calme et assurance. »
Dans la première formulation, je sais ce que je veux éviter, mais je ne dispose pas d’une représentation claire de ce vers quoi je souhaite aller.
Dans la seconde, je peux déjà imaginer une posture, des comportements, des sensations. Mon cerveau dispose d’un cap.
Remarque : on entend parfois que « le cerveau ne comprend pas la négation ». Cette affirmation est un raccourci qui est scientifiquement inexact. Le cerveau comprend parfaitement la négation, mais il doit d’abord se représenter ce qui est nié. Ce qui est surtout utile pour le changement, c’est de disposer d’une représentation claire de ce que l’on veut construire.
Les circuits de motivation répondent davantage à l’état désiré qu’à l’état évité :
Les neurosciences distinguent généralement deux grandes dynamiques pour la motivation :
- les systèmes d’approche, qui nous orientent vers ce que nous souhaitons atteindre ;
- les systèmes d’évitement, qui nous éloignent de ce que nous percevons comme une menace ou une source d’inconfort.
Ces deux mécanismes sont utiles. Mais lorsqu’il s’agit de se développer, d’apprendre ou de changer durablement, la dynamique d’approche offre davantage d’énergie et de mobilisation.
Ainsi, un objectif comme… :
« Je veux développer une posture de leader serein et engagé »
…génère généralement plus de projection, d’engagement et de sens que :
« Je ne veux plus être débordé. »
Une question simple pour changer de perspective :
Lorsque vous vous surprenez à formuler un objectif en négatif, essayez de vous poser cette question :
Si je ne veux plus cela, alors qu’est-ce que je veux à la place ?
Cette question paraît simple. Pourtant, elle invite à un déplacement essentiel : passer de l’évitement à la construction.
Elle nous amène à clarifier ce qui compte vraiment, à donner une direction à notre énergie et à créer une image plus précise de l’avenir que nous souhaitons.
Que ce soit dans l’éducation, le management, l’accompagnement ou notre dialogue intérieur, les mots que nous choisissons façonnent en partie notre manière d’agir.
Avec de l’entraînement, ce mécanisme devient un réflexe. Et avec ce changement, nous obtenons davantage de clarté, d’engagement et de capacité à passer à l’action.
En bref :
Il nous est plus naturel (depuis l’enfance) de formuler ce que l’on ne veut pas, plutôt que ce que l’on veut.
- se représente la négation (« processus ironique » de Danier Wegner) avant de la traiter,
- à besoin d’un cap pour avancer là où l’on souhaite.
2 grandes dynamiques pour la motivation :
- Systèmes d’approche (vers ce qu’on veut)
- Systèmes d’évitement (s’éloigner de ce qu’on ne veut pas)
Le système d’approche offrant d’avantage d’énergie et de mobilisation.
Alors, une question pour passer de l’évitement à l’approche : Si je ne veux plus cela, alors qu’est-ce que je veux à la place ?

